HOMA, le quartier des possibles… pour eux. PARTIE 3

Analyse du rôle et discours de la SDC des promenades Hochelaga.

Partie 3 – La figure des « résidents »

Au début du plan de développement, les résident.e.s du quartier sont divisés en deux classes : « Les jeunes arrivants ouverts aux initiatives communautaires et créatives (….) qui privilégient les commerces de proximité (…) qui côtoient des gens moins nantis (…) à la recherche de bas prix. » « Cette confrontation des différents profils de résidents est la source des accusations d’embourgeoisement du quartier et crée un défis de taille quant au mix commercial adéquat sur les deux artères. » C’est le seul moment dans tout le document où l’on nous parle de mixité, de gentrification et de bas prix. Après, l’emphase est mise sur cette première classe de résident.e.s et leurs besoins commerciaux. Comme quoi le double discours ne reste pas longtemps.

Déjà, la distinction entre ces deux classes de résident.e.s est biaisée. Est-ce que la SDC croit vraiment que les gens moins nantis n’aiment pas les commerces de proximité? Peut-être juste qu’ils ne sont pas abordables, vos commerces de proximité. Reste que la population autour de la rue Sainte-Catherine entre Moreau et Pie-IX n’en a pas d’épicerie proche, pendant que les résident.e.s des condos autour de la place Valois en ont deux. Qui pensez-vous utilisent les ressources communautaires, les jeunes arrivants créatifs? On essaye ici de créer une distinction entre des bon.ne.s résident.e.s ouverts sur le monde et des mauvais résident.e.s pauvres qui ne cherchent qu’à acheter cheap.

C’est en « optimisant l’image [du quartier] » que la SDC cherche à créer un « sentiment d’appartenance et de fierté » pour « séduire les résidents à long terme, à les attacher émotivement au quartier ». Sauf qu’à chaque fois que le mot « résident » est utilisé, c’est des nouveaux et nouvelles résident.e.s qu’on parle, ceux avec un fort pouvoir d’achat et un capital culturel (avec des bons goût et des connaissances). Ici, les « résidents qui partent », qu’on essaye de faire rester par des affiches de chiens en skateboard, ne sont pas les pauvres expulsés du quartier à cause des loyers élevés, les junkies ou les prostituées habitant le quartier. Il est assez clair que tout le long du document, ceux là ne sont pas considérés comme des « résidents » ou du moins, pas si importants que ça. On veut garder les bon.ne.s résident.e.s, ceux qui consomment, qui vont au Théâtre, qui mettent des hashtags partout.

La prostitution est vue comme un problème d’image et de sécurité, qui ternit la réputation d’Hochelaga. Sécurité des « résidents » bien sûr. On n’y parle pas de la détresse, des nécessités sociales bref de comment améliorer leur situation. Encore une fois, la prostitution est mise en opposition avec les « résidents », comme si les déclassés n’était pas eux aussi des résident.e.s du quartier. Un genre de nouvel organisme appelé « Hochelaga pour tous » commence d’ailleurs une vaste entreprise de nettoyage social, au nom de la mixité et des familles, sous le couvert de la sécurité des travailleuses du sexe. Comme quoi, on fait toujours ça dans l’intérêt de tous, lorsqu’on s’attaque aux pauvres. Mais vraiment, ils en ont rien à foutre de la sécurité de qui que ce soit d’autre qu’eux mêmes. Il faut faire disparaître les « problèmes » du quartier, ils nuisent à la revitalisation.

Dans un élan de pragmatisme, la SDC nous dit qu’à Hochelaga, il faut « faire avec la réalité sociale », comme un boulet qu’on traîne. On sent une certaine fierté à se montrer lucide mais finalement, on considère la « réalité sociale » (la pauvreté, la criminalité, la prostitution, la toxicomanie, etc.) comme une dure réalité au travers de laquelle on essaye malgré tout de trouver les possibilités de voir les « affaires fructifier ». Le côté marketing et entreprenarial de la SDC transparait dans tout le document. Dans le but de voir son plan mis en place, on nous parle de partenariat d’affaires pour conduire une « offensive » avec : la Fondation de l’entrepreneurship, la Jeune chambre de commerce de Montréal, Chambre de commerce de l’Est de Montréal, BNI Québec, tous connus pour leur « solidarité » et leur « entraide »…

Après les entrepreneurs et les showrooms, le plan de développement tire une conclusion du genre « tout le monde il est gentil dans HOMA ». « Beaucoup de détaillants ont identifié l’entraide et la solidarité comme valeurs fortes du quartier. » Mais l’entraide de qui? À part la petite mention où les liens avec les groupes communautaires « sont les bienvenus », on comprend que « faire avec la réalité sociale » ne veut pas dire grand chose d’autre qu’attendre que les pauvres et les nuisibles partent.

Les liens entre la SDC et les groupes communautaires sont tellement faibles, que la Société de Développement Commercial donne les fonds amassés durant Noël depuis 3 ans à l’organisme Nouvel Horizon, un organisme évangélique, homophobe et anti-avortement, qui ne s’implique pas dans le quartier1. Avec l’arrivée de cette nouvelle, la connaissance qu’a la SDC du quartier et de ces acteurs sociaux est remise en question.

Dans le plan de développement, on n’y parle pas des groupes qui travaillent dans le quartier pour aider réellement les gens dans la misère comme Dopamine, le Pavillon d’éducation populaire, le Jojo Dépannage, le Chic Resto Pop, etc. On préfère nous dire à quel point le restaurant les « Affamés » réussit à faire de l’argent, pendant que les vrais-faux résident.e.s ont toujours faim.

On l’attend toujours, leur solidarité et leur entraide…

Ceci était la dernière partie de trois, pour lire les deux premières:

Plan de Développement SDC 2014

Introduction

PARTIE 1: IMAGE DE MARQUE

PARTIE 2: LES COMMERCES

 

1Article, La SDC Hochelaga finance un organisme évangélique homophobe et anti-avortement : http://chlag.info/sdc/