HOMA, le quartier des possibles… pour eux. PARTIE 1

Analyse du rôle et discours de la SDC des promenades Hochelaga.

PARTIE 1 – Image du quartier #Créatifetauthentique

Le rôle premier de la SDC semble être de créer un « positionnement » attractif, une « image de marque » pour le quartier. C’est les chiens en skateboard, les hot-dogs en feu et les autres conneries « authentiques et créatives » d’Hochelaga. Ce positionnement est supposé refléter l’image du quartier, qui se veut « être puissante, distinctive et respectueuse du passé du quartier ». On comprend qu’après s’être fait ramasser avec leur nouveau « HOMA », mauvaise imitation du quartier SOHO à New York, ils essayent autre chose. On rebrasse les cartes et maintenant, place à #creatifetauthentique!

« Respectueuse du passé du quartier » – Authentique.

Utiliser le passé du quartier pour le transformer en image hype, c’est un truc vieux comme la gentrification. On le voit clairement dans St-Henri. On nous parle d’un quartier au passé ouvrier glorieux et blablabla. Les bars portent les noms d’architectes du quartier et autres  »hommages » du genre. Mais on sait bien que le fait de commercialiser un passé ouvrier n’empêche en rien la gentrification. En fait, c’en est une étape importante. On n’a qu’à penser au Plateau Mont-Royal et sa constante nostalgie à la Michel Tremblay.

Parler du passée du quartier, c’est assumer un culture déjà morte, mise en musée. On garde une façade d’usine dans un condo, on prend des pauvres en photo. Mais plus que mise en musée, la culture ouvrière est maintenant mise en scène! Un peu comme des gens qui jouent aux Indiens avec des plumes derrière la tête, la SDC nous a offert pour Noël une boutique éphémère, « les ouvriers d’Hochelaga », joués par nos commerçants préférés. « L’événement est un clin d’œil au passé ouvrier ». Mais des fois, on oublie qu’il en reste encore des ouvriers dans Hochelaga et c’est pas les confectionneurs de vêtements de bébés bio à 50$. C’est du monde qui travaille dans la construction, à la ville de Montréal, dans des shops. DES OUVRIERS! DES OUVRIÈRES! C’est pas un concept très compliqué à comprendre, d’habitude. La SDC n’a pas semblé plus choquée que ça d’apprendre que près de 500 emplois disparaîtront d’ici 2018 avec la fermeture de l’usine à biscuits Christie. Pas que les biscuits Christie soient très éthiques ou quoi que ce soit, mais si on veut parler d’ouvriers et d’ouvrières, vaut mieux parler d’eux et elles que du proprio d’Électrik Kids…

On peut le dire franchement : Électrik Kids, ils font semblant d’être ben ben ouvriers et d’être machin-local, reste qu’ils vendent des vêtements dans plus d’une centaine de boutiques, dont en Californie, à New York, à Dubaï et au Qatar. La mondialisation des riches bébés bio made in Hochelaga. De quoi être fier de notre quartier.

Être un pôle artistique hype – Créatif.

Pour présenter la SDC aux entrepreneurs, on nous parle de faire des dépliants, en donnant comme exemple la Jamaica Avenue à New York. Le slogan de cette artère commerciale est Hip meets historic meets downtown (Quand tendance, histoire et centre-ville se rencontrent). On comprend que c’est pas mal dans le même genre de commercialisation qu’Hochelaga veut se lancer.

Et bien, c’est impressionnant comment les choses se parlent entre elles! Vicario et Martinez, deux sociologues de l’université du Pays Basque déterminent trois facteurs qui font qu’un quartier est intéressant pour la gentrification.1 Il doit être placé stratégiquement (près du centre-ville, avec des infrastructures de transport), il doit y avoir un environnement culturel intéressant avec des prix de logements abordables et pour finir, il doit y avoir une population vulnérable, facilement déplaçable. Arrangeons-nous pour que la dernière étape n’arrive pas dans Hochelaga.

On dessine des pieuvres sur les trottoirs, on met des meubles design dans les rues, on favorise l’émergence de lofts artistiques sur Moreau et sur Sainte-Catherine. Mais attention, ce n’est pas n’importe quel artiste qui peut y être, seuls ceux qui peuvent se le permettre et qui ne dérangent pas.

Parce que c’est ça aussi la gentrification, la constante expulsion des plus pauvres. Les lofts Moreau sont un bon exemple. Plusieurs personnes y ont trouvé un logement et un lieu d’expérimentation artistique depuis les années 80.2 Durant l’été 2013, après une vaste campagne de gentrification dans le quartier, l’arrondissement s’est décidé à expulser les artistes qui y habitaient. Après rénovations, c’est maintenant une upper-class d’artistes, des « professionnels » qui y ont leurs ateliers et qui y font sûrement des bijoux artisanaux et des photos laides en noir et blanc pour des prix exorbitants.

S’il y avait des gens « créatifs et authentiques » dans ce quartier, c’est bien les artistes des lofts Moreau. Alors, allez vous faire voir avec votre slogan récupérateur, votre image de marque et vos chiens en skateboard. Ce qui est sûr, c’est que c’est pas vos magasins de jus de canne à sucre et vos restos bourgeois qui le sont.

Les prochaines parties parleront des commerces tels que vus par la SDC (partie 2) et de leur vision des résident.e.s (partie 3)

Plan de Développement SDC 2014

Introduction

PARTIE 2: LES COMMERCES (à paraître le 17 février)

PARTIE 3: FIGURE DU RÉSIDENT (à paraître le 24 février)

1 Cités dans le documentaire Gentrification : the new age of colonialism sur le quartier Leimert Park à Los Angeles : https://www.youtube.com/watch?v=KKjyEBEiw8Q

2Documentaire, La maison des rêves, 57 min. : https://vimeo.com/5266467